notes de lecture Une page ou un chapitre par livre Pour un nouveau communalisme Références Au 1 er janvier 2020, 2 467 unités urbaines , nouvellement délimitées par l’Insee, façonnent le territoire français, dont près de 2 000 comportent moins de 10 000 habitants ( figure 1 ). 62 unités urbaines rassemblent plus de 100 000 habitants dont 36 plus de 200 000 habitants. 5 unités urbaines comptent plus d’un million d’habitants, parmi lesquelles l’agglomération parisienne avec 10,8 millions d’habitants. Figure 1 – Répartition de la population française en 2017 selon la taille de l’unité urbaine Figure 1 – Répartition de la population française en 2017 selon la taille de l’unité urbaine - Lecture : 7 % de la population française vit dans les 1 991 communes qui composent les 1 335 unités urbaines de 2 000 à 4 999 habitants.   Population Part (en %) Nombre d’unités urbaines Nombre de communes Agglomération de Paris 10 785 092 16,1 1 411 200 000 à 1 999 999 habitants 16 824 170 25,2 35 1 325 100 000 à 199 999 habitants 3 819 001 5,7 26 333 50 000 à 99 999 habitants 5 052 310 7,6 72 641 20 000 à 49 999 habitants 4 358 378 6,5 144 813 10 000 à 19 999 habitants 3 368 678 5,0 242 798 5 000 à 9 999 habitants 4 225 139 6,3 612 1 268 2 000 à 4 999 habitants 4 428 918 6,6 1 335 1 991 Hors unité urbaine 13 919 171 20,8 /// 27 388 Ensemble 66 780 857 100,0 2 467 34 968 /// : absence de résultat due à la nature des choses. Lecture : 7 % de la population française vit dans les 1 991 communes qui composent les 1 335 unités urbaines de 2 000 à 4 999 habitants. Champ : France. Source : Insee, recensement de la population 2017, composition communale des unités urbaines 2020. Huit personnes sur dix résident dans une unité urbaine et près de cinq sur dix dans une unité urbaine de plus de 100 000 habitants. La population est concentrée dans les plus grandes unités urbaines : une personne sur six vit dans l’unité urbaine de Paris et une sur quatre dans une unité urbaine de plus de 200 000 habitants (hors celle de Paris). Si elles représentent 80 % du nombre total d’unités urbaines, les unités urbaines de moins de 10 000 habitants n’abritent qu’une minorité de la population : 13 % des habitants, soit moins que dans l’agglomération parisienne. Au niveau régional, la part de la population vivant dans une unité urbaine est la plus faible en Bourgogne-Franche-Comté (57 %) et la plus élevée en Île-de-France (plus de 99 %) et dans les DOM, hors Guyane (98 % en moyenne). Le pouvoir du tyran et ses complices - Le fil Philo - france inter 23-03-2026 Le pouvoir du tyran et ses complices Une fois encore, vous n’avez rien dit, vous n’avez pas répliqué. Et d’ailleurs, personne autour de vous ne l’a fait non plus. Pourtant, la situation est intenable : cette personne – ce chef, ce collègue, ce membre de la famille, ce camarade de promo – fait régner la terreur, et on le laisse faire. Comment l’expliquer ? Comment peut-on ainsi subir une domination sans se révolter ? Un philosophe a apporté la réponse ; elle tient en deux mots :  "servitude volontaire" . Cette notion, qui signifie que l’on se soumet librement, c’est-à-dire que l’on abdique librement sa liberté, est forgée à la Renaissance  par un écrivain,  Étienne de La Boétie,  en pleine période des guerres de Religion, opposant catholiques et protestants. L’originalité de son  Discours de la servitude volontaire , paru en 1576, est de montrer que tout pouvoir est en puissance un abus de pouvoir, mais que, s’il y a des tyrans, c’est parce qu’il y a des tyrannisés consentants. En un mot, le tyran n’a de pouvoir que celui que vous lui donnez. Et c’est bien cela que vous reproche La Boétie : "Pauvres gens misérables, peuples insensés !  Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous." Vous vous laissez déposséder par cet ennemi intérieur – un proche, un prétendu ami, un amant peut-être, un supérieur hiérarchique. La volonté comme seule arme contre la tyrannie Ne rétorquez pas, poursuit Étienne de La Boétie, que vous n’avez pas le choix, que le tyran est tout-puissant : "Ce maître" n’a rien de plus que vous ; il " n’a que deux yeux, deux mains, un corps. (...) Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire"   insiste La Boétie. Le pouvoir que l’on a sur vous ne vient que de vous – de votre inertie, de votre renoncement à la liberté, à la capacité à résister, à dénoncer, à ne pas obéir. "Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres à vous-mêmes ?" demande La Boétie. Votre servitude est ainsi volontaire, vous l’autorisez. Que faudrait-il faire ? La révolution ? Inutile, répond La Boétie. Si le tyran vous tyrannise parce que vous le laissez faire, parce que vous vous dépossédez vous-même de tout pouvoir, il suffit de vouloir à nouveau pour retrouver le goût de la liberté. D’une certaine façon, c’est le premier pas qui coûte, et ce premier pas consiste à comprendre qu’il vous faut réapprendre à faire preuve de volonté. Ce qui vous délivre, déclare La Boétie, c’est "seulement de vouloir" . D’où son mot de ralliement, parfaitement limpide, mais parfaitement exigeant aussi : "Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres." Il n’est pas question de mettre le monde à feu et à sang, mais uniquement de ne plus soutenir le tyran, de ne plus lui abandonner votre libre arbitre, votre capacité à décider et à choisir. Alors, dit La Boétie, "vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre " . Le tyran n’est puissant que parce que vous êtes à genoux.   sur la notion de "judéo-christianisme" Des gens et des idées Savoir (et) décrypter Culture et décontraction Podcasts À propos Le “camp du bien” ou comment criminaliser la conscience Ce dont la note adressée à Raphaël Glucksmann est le symptôme Élections : les campagnes de terrain influencent-elles encore le vote ? [Parti Socialiste] Ce que révèle la démission de Boris Vallaud et ce qui pourrait en découler La “civilisation judéo-chrétienne” : une imposture bien commode, selon Sophie Bessis Analyse La “civilisation judéo-chrétienne” : une imposture bien commode, selon Sophie Bessis 9 mai 2026 4 minutes Dans son essai  La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture , publié en 2025 aux éditions Les Liens qui libèrent, l’historienne Sophie Bessis démonte, avec toute la rigueur qu’on lui connait, une notion devenue hégémonique dans le discours public occidental depuis les années 1980. Une notion reprise par divers responsables politiques, censée décrire les racines profondes de l’Europe et de l’Occident, et dans laquelle Sophie Bessis voit une  “trouvaille sémantique et idéologique”  dépourvue de tout fondement historique, un artefact destiné à occulter, à absoudre et à exclure.  D’un point de vue historique, l’idée d’une civilisation “judéo-chrétienne” relève du contresens.  Si le christianisme primitif s’est, certes, enraciné dans le terreau juif, héritant de la Bible hébraïque et d’une vision monothéiste, il s’est en fait construit contre le judaïsme dès les premiers siècles quand, déjà, l’accusation de “peuple déicide” (les Juifs considérés comme coupables d’avoir tué le Christ) devient un trope central de la théologie patristique. Au IVe siècle, Saint Jean Chrysostome assimile les synagogues à des “lieux de perdition”, Augustin d’Hippone théorise la “substitution”, par laquelle l’Église, nouveau Israël, remplace le peuple ancien. De son côté, le judaïsme rabbinique, qui voit en Jésus un faux messie, préserve farouchement son identité distincte. Dans l’Europe médiévale et moderne, où les expulsions (Angleterre, 1290 ; France, 1306 et 1394 ; Espagne, 1492), les pogroms, les ghettos, les accusations de crimes rituels, et l’antijudaïsme populaire et savant structurent la chrétienté latine, les Juifs sont perçus comme une altérité irréductible, souvent assimilée à l’Orient et au refus de la vérité révélée. L’Émancipation napoléonienne et l’entrée progressive des Juifs dans la cité moderne n’effacent pas cette longue séquence. Au contraire. L’antisémitisme racial du XIXe siècle (qui culminera au milieu du siècle suivant durant la Shoah) s’enracine dans ce terreau théologique et culturel bimillénaire. Loin d’être fondée sur une harmonie “judéo-chrétienne” fondatrice, l’histoire européenne s’est, justement, construite contre l’altérité juive.  Ce n’est qu’après 1945, face à la culpabilité abyssale née de la Shoah, qu’émerge le mythe judéo-chrétien. Dans son ouvrage, Sophie Bessis montre comment, à l’après-guerre, l’Occident, qui a perdu sa supériorité morale, opère une double stratégie alliant défense inconditionnelle d’Israël comme réparation symbolique et auto-absolution sémantique. La notion de “judéo-christianisme” efface des siècles de persécution et invente une fraternité rétrospective. Rare avant les années 1980 dans le vocabulaire politique, le terme devient alors un mot de passe identitaire qui permet de clore  “sans autre forme de procès la longue séquence de l’antijudaïsme chrétien” . Une essentialisation fallacieuse des racines européennes qui relègue l’Islam à l’extériorité radicale Puisqu’elle repose sur une essentialisation fallacieuse des “racines” spirituelles de l’Europe, l’imposture est, philosophiquement, d’autant plus profonde. La civilisation européenne doit infiniment plus à Athènes (raison, démocratie, tragédie) et à Rome (droit, État) qu’à une synthèse judéo-chrétienne ne reposant sur aucun fondement. Le monothéisme éthique juif, universaliste dans ses valeurs mais tribal dans sa pratique, a été relayé par un christianisme qui s’est hellénisé et romanisé pour conquérir l’Empire. Quant à l’islam, troisième rameau abrahamique très souvent écarté, il est relégué à l’extériorité radicale. Le couple “judéo-chrétien” fonctionne dès lors comme une machine d’exclusion, qui s’approprie l’universel monothéiste tout en assignant l’islam à une altérité culturelle et politique. Sophie Bessis observe cette symétrie avec acuité : de même que certains nationalismes arabes effacent la composante juive de leur histoire, l’Occident réécrit la sienne pour mieux tracer une frontière civilisationnelle. Le “judéo-christianisme” sert un projet politique d’exclusion(s) Aujourd’hui, le concept de “judéo-christianisme” sert ainsi un projet politique consistant à redéfinir l’identité occidentale face à des “autres” pour le moins mouvants (islam, migrations, multipolarité), en ignorant les apports décisifs de l’Orient arabo-musulman à la pensée médiévale européenne (Aristote via Averroès et Avicenne, sciences, médecine, philosophie) et en faisant oublier que l’universalisme moderne (Lumières, droits de l’homme) est né d’une sécularisation critique des héritages religieux, et non d’une fidélité à eux. En somme, Sophie Bessis invite à une hygiène intellectuelle salutaire, qui rompt avec cette “vérité alternative” à la fois bien commode et hautement fallacieuse. La civilisation occidentale n’est ni purement chrétienne, ni judéo-chrétienne. Elle est un palimpseste complexe, gréco-romain, parfois judéo-chrétien-islamique, et surtout humain, traversé de tensions, de violences et de promesses universelles. Reconnaître l’imposture, c’est refuser les essentialismes identitaires et ouvrir la voie à une histoire lucide, la seule qui soit digne d’une pensée libre. Bibliographie sélective Ouvrage principal : La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture , Sophie Bessis, Les Liens qui libèrent, 2025 (124 p.). Classiques sur l’antijudaïsme chrétien et ses racines  : Isaac, Jules, Jésus et Israël ,  Albin Michel, 1948 (rééd. Fasquelle, 1959). Ouvrage fondateur qui analyse les origines théologiques de l’enseignement du mépris. Antijudaïsme. L’histoire d’un pilier de la pensée occidentale ,  David Nirenberg, trad. Nicolas Weill, Labor et Fides, 2023 (éd. originale anglaise : Anti-Judaism: The Western Tradition, 2013). Une synthèse magistrale sur la place structurante de l’antijudaïsme dans la tradition occidentale. Autres références essentielles : La fin de l’antijudaïsme chrétien , Philippe Chenaux, Cerf, 2023. Déconstruire l’antijudaïsme chrétien , Conférence des évêques de France (Service national pour les relations avec le judaïsme), Cerf, 2023. L’héritage judéo-chrétien, mythe ou réalité ? , Franck Lessay, Armand Colin, 2007. Aux sources de la tradition judéo-chrétienne (1806-1940) , Joël Sebban, thèse de doctorat, qui explore la genèse intellectuelle du concept au XIXe siècle. Compléments historiques et philosophiques : Aux sources de l’antijudaïsme chrétien , François Blanchetière, Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 1973. Paul Démann et divers auteurs des  Cahiers Sioniens  (années 1940-1950) – textes pionniers du dialogue judéo-chrétien post-Shoah. Étienne Fouilloux, et Laurence Deffayet, travaux sur l’émergence du dialogue judéo-chrétien dans l’entre-deux-guerres et après 1945. Y a-t-il une morale judéo-chrétienne ? , Shmuel Trigano (dir.), Éditions de l’Éclat, 2012 (ou éditions similaires). Auteur-ice Christophe Chartreux Europe & Union européenne France Instrumentalisation politique Judéo-christianisme Religions Sophie Bessis Abonnez-vous à notre newsletter En cochant cette case, vous confirmez avoir lu et accepté nos conditions d'utilisation concernant le stockage des données soumises via ce formulaire. Articles récents Le “camp du bien” ou comment criminaliser la conscience Ce dont la note adressée à Raphaël Glucksmann est le symptôme Élections : les campagnes de terrain influencent-elles encore le vote ? 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